Rencontre FCPE – François Dubet / Centre Saint Pierre - 3 mai 2011

François Dubet a été instituteur avant de devenir professeur puis chercheur en sociologie. Il est actuellement directeur d'étude à l'université Victor Ségalen (Bx 2)

Lors de cette rencontre, François Dubet explique les difficultés que connaît l’école française par des raisons générales et des raisons qui sont propres à notre pays.

 

Une école sanctuarisée.

D’une part les sociétés sont de plus en plus démocratiques ce qui rend l’exercice de l’autorité de plus en plus compliqué pour les enseignants comme pour les médecins…. L’enfant ou l’adulte qui se voit reproché quelque chose tend à répondre de façon assez systématique : « Et pourquoi ? »

Auparavant, dans les écoles, on acceptait le chahut qui était un défoulement toléré, rendu nécessaire par une autorité forte.

Aujourd’hui, pour les enseignants, il est difficile d’avoir de l’autorité dans sa classe : il faut être compétent, avoir du charme, le sens de l’humour, être proche de ses élèves sans familiarité…

Par ailleurs, les parents ne sont pas toujours de bonne foi, les adultes ne sont pas toujours respectueux de l’autorité  alors qu’ils exigent de leur enfant en ait.

Du côté des enfants, chaque parent le sait, tout se négocie aujourd’hui.

Concernant les spécificités de l’école française, sa construction au cours de l’histoire l’a sanctuarisé, en opposition à l’autorité de l’église notamment.

Longtemps, l’école a été non mixte, les parents ont été exclus de son périmètre. L’économie n’entrait pas non plus à l’école. L’élève était sans dimension (pas de prise en compte des  différentes phases de son développement).

Ce modèle d’école a tenu jusqu’aux années 1970, jusqu’à la massification due à la mise en œuvre du collège unique. Cette massification a eu pour conséquence de faire entrer véritablement l’adolescence à l’école et la diversité des profils d’élèves.

L’école française a par ailleurs un problème avec la discipline : contrairement aux autres pays, l’école française extériorise la discipline de la classe et la délègue aux CPE. D’une part, l’école n’est pas vraiment considérée comme une communauté éducative (chacun est dans son rôle) et l’exercice de l’autorité est moins important que le maintien de l’ordre.

Les enquêtes internationales montrent que la France a un rapport très négatif à l’école.

L’objectif de rendre l’école plus accueillante impliquerait que le métier d’enseignant, le rôle des parents évoluent. Il faudrait changer de modèle éducatif.

 

L’obsession de la réussite scolaire

En France, parents, élèves, enseignants, sont obsédés par la performance scolaire, d’où la multiplication des devoirs notés, des devoirs à la maison, la compétition entre les élèves… au détriment de la dimension éducative de l’enseignement. Familles et enseignants entretiennent s’adressent des accusations réciproques.

Selon François Dubet, un projet pour l’école serait de ne pas être une machine à sélectionner, ce qui impliquerait une formation différente des enseignants, des affectations en fonction d’un projet d’établissement de façon à rendre pérenne la cohésion d’un établissement. Ceci implique également que les exigences des parents soient moindres (ou du moins différente), que certains d’entre eux cessent de vouloir être des « coachs », ce qui de fait, dégrade le climat scolaire.

 

Des modèles d’école plus accueillante

En Europe, le modèle allemand du Gymnasium est un modèle d’établissement plus accueillant, plus éducatif. En Australie, tous les élèves doivent être valorisés par rapport à un savoir-faire de façon à avoir plus confiance en eux-mêmes. En France, des écoles « alternatives » ont été crées comme l’école Clisthène au Grand-Parc à Bordeaux, basée sur un projet d’établissement fort, où les élèves ont une plus grande liberté et où il est avéré que la violence a beaucoup régressé.

 

Quelle finalité pour l’école ?

On devrait s’interroger davantage sur la finalité de l’enseignement : fabriquer une élite ou élever le niveau de tous les élèves ?

En France, la sélection professionnelle se fait sur la base des diplômes. Il est démontré que plus le diplôme a de l’impact sur l’emploi, plus il y a d’inégalités dans une société.

Le système français, en tablant sur l’acquisition d’un diplôme ne fait qu’accentuer ces inégalités, puisque selon le niveau social des familles, l’accès aux études supérieures est plus ou moins facilité. On pourrait s’inspirer du modèle danois qui ouvre un droit à la formation de 6 années tout au long de la vie (jusqu’à 54 ans pour être plus précis), que chacun peut utiliser pour faire des études, période pendant laquelle l’état alloue une indemnité d’étude d’un montant équivalent à la moitié du seuil de pauvreté. La plupart des étudiants font donc leurs études en ayant un revenu versé par l’état qu’ils complètent en ayant un travail à temps partiel.

 

Conclusion

Pour améliorer le climat scolaire, il conviendrait au préalable que l’école cesse d’être une machine à trier, à sélectionner les élèves. Il conviendrait également que les enseignants soient mieux formés, que la communauté éducative englobe l’ensemble des acteurs dont les parents à part entière, que l’exercice de l’autorité soit l’affaire de tous et ne se réduise pas au maintien de l’ordre. Il ne s’agit pas là uniquement de besoin de moyens supplémentaires mais aussi de volonté, notamment au travers de l’engagement de toute la communauté éducative dans un projet d’établissement fort qui crée du lien et de la cohésion.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Dubet

http://cadis.ehess.fr/document.php?id=1137